"À ceux qui voient d’un regard net, à ceux qui parlent d’une voix Catégorique, à ceux pour qui les choses sont blanches ou noires, orientales ou occidentales ."
Tayeb Saleh, Saison de la migration vers le nord.
Tayeb Saleh, Saison de la migration vers le nord.
Certes, l'histoire des tensions entre l′Orient et l′Occident est née d' un passé colonial. Elles (les tensions) sont émise par l′un et par l′autre et sont d' une violence insupportable. Ce thème est un champ d'écriture très fécond pour de nombreux écrivains.
Tayeb Salih est né en 1929 à Marawi, au nord Soudan . Il nous a fourni un diamant de la littérature : « Saison de la migration vers le Nord ». Son œuvre a été traduite dans une trentaine de langues. Ce chef-d′œuvre est une nouvelle approche de la relation avec autrui, ce qui fait l′originalité de Tayeb Salih.
Il importe beaucoup de mettre en lumière les conditions dans lesquelles Tayeb Salih a écrit son roman. En effet, Tayeb Salih l'a écrit au début des années soixante pendant son séjour en Angleterre. A ce moment-là, quelques mouvements politiques ont assuré leur succès comme par exemple la Négritude, né dans les années trente avec Aimé Césaire, L.S. Senghor et Léon Damas réunis autour du journal L'étudiant noir. Dans les années soixante, on a vu également la victoire de la révolution algérienne et des idées libérales. La libération est un outil principal à la reconstitution d’une civilisation. Tout cela a des influences sur les relations entre l′Orient et l'Occident. En fait, on perçoit un changement dans cette relation conduisant à un rapprochement entre l′Orient et l'Occident.
De son côté, Tayeb Salih traite dans Saison de la migration vers le Nord cette relation nouvelle comme une confrontation et un conflit. Tawfiq Al Hakim dans son roman ″ Oiseau de l′Orient ″, Yahyā Haqqī dans son roman ″ Qindīl Om Hāšim″, et Souheil Idriss dans son roman ″ Le quartier Latin ″ traitent le même thème, celui du conflit éternel entre l′Occident et l′Orient. Leur vision se caractérise par le sentiment d′étonnement et d′admiration de la civilisation occidentale, alors que Tayeb Salih traite ce même thème autrement.
En fait, Mustafa Saïd, le héros du roman, est né à Khartoum le 16 août 1898. Il a été le premier Soudanais à obtenir une bourse pour l′étranger et le premier à avoir épousé une Anglaise. Il était orphelin, son père etant mort quelques mois avant sa naissance. Il était précoce d'après ceux qui le connaissaient ; hommes, femmes, camarades, professeurs, M. et Mme Robinson,… . De plus, il a obtenu un doctorat à l′âge de vingt quatre ans et s'est fait connaître par l'humaniste qu'il a introduit dans l′économie.
Un de ses collèges a écrit :" Rien ne résistait à son esprit. Les professeurs s′adressaient à lui sur un ton différent. Les professeurs d′anglais, en particulier, semblaient n′enseigner que pour lui.″
On peut dire que Mustafa Saïd est " le Midi qui rêvait du Nord ". Et il est le symbole de l’Orient et son charme opère sur toutes les Anglaises qu’il rencontre. Ces femmes-là sont pleines d’amour infini et curieuses de mieux connaître l’Orient. Quant à lui, il est plein de haine et de sentiments de vengeance envers les Anglais, gardant en mémoire la période où ils colonisaient son pays. Cela explique tous les maux qu’il a eu dans le pays de l’Autre . Dans toutes ses relations avec les femmes, qu’il trompe au nom de l’amour, il s'est conduit comme un colonisateur, qui a envahi cet Autre pour affirmer qu’il est au au même niveau.
Mustafa Saïd dit de lui-même : Je récitais des vers, parlais religions et philosophie, critiquais les peintres et faisais de grands discours sur les valeurs spirituelles de l′Orient. Dans le seul but de séduire les femmes″
Mustafa Saïd dit de lui-même : Je récitais des vers, parlais religions et philosophie, critiquais les peintres et faisais de grands discours sur les valeurs spirituelles de l′Orient. Dans le seul but de séduire les femmes″
Mustafa Saïd s′est marié deux fois : la première fois avec une Anglaise, mais la seconde fois avec une Soudanaise. Le premier s′est terminé par un crime. Il a tué sa femme, Jean Morris, parce qu'elle le trompait. De son second mariage avec Hasna, la fille de Mahmoud, il a eu deux enfants, au contraire du premier resté stérile. C’est un symbole très significatif qui veut dire que l’Autre (l'Anglaise) ne donne rien, mais l′adhésion avec tout ce qui vient de son pays est productif.
En fait, Mustafa Saïd est déchiré entre deux mondes : le sud qu′il conserve dans son cœur et le Nord dans lequel il vit et travaille. Il veut se sentir supérieur à cet Autre qu'il le voyait raciste. Mustafa Saïd: ″ les jurés, gens d′origines diverses, ouvriers, médecins, cultivateurs, boutiquiers, avec lesquels je n′aurais jamais l′occasion de parler, auxquels j′aurais en vain demandé de louer une chambre dans leurs maisons, pour qui le monde se serait effondré si une de leur fille était venue leur annoncer ses fiançailles avec un Africain″
Mustafa Saïd a pris des noms différents, sous lesquels il se cache, pour continuer de tromper les femmes : Hasan, Richard, Amin, Charles et Mustafa. Mais au Soudan, il ne porte que son véritable nom. Cela indique qu′il ne se retrouve que dans sa patrie.
Entre ce que ressent Mustafa Saïd et ce qu′il peut exprimer, il y a tout un monde. Son retour est un retour aux sources et qui met en tête les valeurs de l′attachement à la terre et au pays d′origine.
Entre ce que ressent Mustafa Saïd et ce qu′il peut exprimer, il y a tout un monde. Son retour est un retour aux sources et qui met en tête les valeurs de l′attachement à la terre et au pays d′origine.
Le roman réussit à casser (Modifier) l’idée traditionnelle de l′Autre, comme celle de l′Occident, comme un mal absolu et aussi celle de colonisé comme un modèle idéal. Car nous sommes tous des êtres humains avec aussi bien le mal que le bien.


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